Basque

La langue basque est parlée dans l’ouest des Pyrénées atlantiques depuis plusieurs milliers d’années, et représente ce qu’on appelle en linguistique historique classique une langue isolée. En effet, les méthodes classiques de la comparaison historique ne permettent pas de l’intégrer au sein d’une famille connue, ni d’établir de manière fiable des liens de parenté généalogique avec d’autres langues. Pourtant, depuis le 19ème siècle, pratiquement toutes les possibilités d’apparentement envisageables ont été explorées (langues indo-européennes, langues caucasiques, langues finno-ougriennes, berbère et plus largement langues chamito-sémitiques, ibère, etc-), parfois de façon approfondie, comme en particulier pour l’hypothèse caucasique. Mais sans résultat convaincant. Ceci, précisons-le, ne prouve pas l’inexistence de tels liens, mais marque l’impuissance de ces méthodes -les seules à l’heure actuelle dont les résultats ne sont contestés ni par les comparatistes, ni par les spécialistes des langues ou familles de langues-, à remonter suffisamment haut dans le temps pour permettre d’en établir la preuve.

Récemment, certains spécialistes de la comparaison sur la longue durée ont proposé de faire du basque une sous-branche au sein de la macro-famille dite na-déné-caucasique, en utilsant une autre méthode appelée comparaison multilatérale. Dans cette vision, le basque serait apparenté aux langues du Caucase du nord, aux langues sino-tibétaines, et aux langues na-déné (langues indiennes du nord du Canada, également parlées en Arizona), et quelques autres langues isolées du continent eurasiatique, en particulier le burushaski (langue isolée du Pakistan), et le ket (isolat de Sibérie centrale). Selon ses promoteurs, tous extérieurs au monde de la bascologie, cette hypothèse impliquerait une date de séparation d’avec les langues apparentées remontant très loin dans le temps. On retrouve ainsi l’hypothèse de certains anthropologues du milieu du siècle dernier, reprise également aujourd’hui par certains généticiens historiens des populations, comme L. Cavalli-Sforza, lesquels évoquent une présence continue du basque en Europe occidentale depuis 35 000 ans. Il va sans dire qu’il s’agit là de distances qui vont bien au-delà des possibilités de contrôle dont les linguistes disposent réellement, et qui a la fragilité de toutes les conjectures qui ne laissent pas de place à une procédure de validation fondée sur des données empiriques.
En deçà de ces considérations très controversées, un fort consensus existe concernant les deux points suivants : d’une part, l’euskara ne peut être rattaché à la famille des langues indo-européennes ; d’autre part, sa présence dans cette partie du continent est antérieure à l’indo-européisation de l’Europe occidentale. C’est en ce sens que l’on a pu dire du basque qu’il est la plus vieille langue d’Europe

Histoire de la langue et de ses usages

La linguistique historique permet de se faire une idée assez précise du système phonologique de la langue d’il y a 2000 ans, appelée
ble des questions relatives à la standardisation ou à la fixation des normes linguistiques. C’est elle qui assure également la réalisation de travaux généraux transdialectaux (dictionnaire général, atlas linguistique). En Espagne, l’Académie de la Langue basque est une Institution Royale, avec un statut semblable à celui de l’Académie de la Langue espagnole. En France, elle a la personnalité juridique d’une association de la loi 1901 reconnue d’utilité publique. Il n’y a donc qu’une institution, mais elle possède une personnalité juridique distincte selon les états.

La langue basque en France aujourd’hui

La langue basque est une langue transfrontalière, historiquement parlée de part et d’autre de la frontière franco-espagnole, dans sa bordure atlantique. Elle n’a jamais disposé du statut de langue de pouvoir, ou de langue officielle jusqu’au 20ème siècle. Depuis l’instauration de la démocratie en Espagne, elle a un statut de langue officielle sur l’ensemble des territoires de la Communauté Autonome du Pays Basque, et sur la partie bascophone de la province de Navarre. En France, le basque n’a pas de statut : il est simplement cité parmi les langues régionales susceptibles de bénéficier de la loi Deixonne de 1951, et des lois postérieures relatives à l’organisation d’un enseignement des langues régionales.

L’essentiel de l’infrastructure en matière de publications (principales maisons d’édition, un quotidien en langue basque) et de diffusion audiovisuelle en langue basque (radios, télévision) se trouve en Pays Basque ibérique. L’usage public de la langue basque en France est principalement assuré, en dehors de l’enseignement, par quelques éditeurs, par des productions théâtrales (pastorales souletines notamment), par des radios locales associatives, et la télévision de la Communauté autonome basque qui diffuse également en France (la présence du basque dans la télévision publique française n’a qu’un caractère symbolique). Il existe également un hebdomadaire local en langue basque (Herria « le pays »), qui est le prolongement d’une publication née il y a plus d’un siècle, et une revue littéraire (Maiatz, « mai »). L’Institut Culturel Basque, structure destinée à promouvoir l’action culturelle locale, s’efforce d’encourager l’emploi du basque dans la création et à soutenir toutes les initiatives en faveur de la langue. Un conseil de la langue basque est en voie de formation (année 2001).

Le nombre de locuteurs bascophones est assez bien connu désormais, grâce à une enquête sociolinguistique réalisée sur l’ensemble du Pays Basque en 1996. On peut évaluer le nombre de locuteurs actifs en langue basque en Pays Basque Nord à environ 60 000, et celui des locuteurs passifs à une quinzaine de milliers. Ceci correspond à environ 10% du nombre de ces locuteurs sur l’ensemble du Pays Basque, et un peu plus du quart des habitants du Pays Basque de France. Pratiquement tous les bascophones sont des locuteurs (au moins) bilingues, le pourcentage des monolingues bascophones n’étant pas statistiquement significatif.

Bien que les taux de transmission familiale du basque soient relativement élevés (parmi les habitants dont les deux parents étaient bascophones, 85% ont eu le basque comme langue maternelle), la pyramide des âges de la population bascophone laisse apparaître une situation très préoccupante conduisant à terme à l’extinction de la langue comme outil de communication sociale. Les études sur les pratiques linguistiques montrent l’intégration par les locuteurs des prohibitions et des phénomènes de dévaluation diglossique ou de minorisation. Cela se traduit par la difficulté à un usage social ordinaire (dans les grands magasins, à la banque, chez le médecin, dans les services sociaux, dans le train, etc.), et une tendance à des emplois symboliques et ritualisés (chants, versification improvisée, cérémonials religieux ou festifs, etc.). Malgré tout, compte tenu du nombre limité de locuteurs et de la situation sociolinguistique, la vie culturelle en basque fait preuve d’un assez grand dynamisme en France y compris dans les formes d’expression privilégiées par la jeunesse (rock en particulier).

Dans le domaine de la création littéraire, une nouvelle génération d’écrivains trace des voies soiuvent originales et inventives, dans le registre poétique notamment. Le répertoire dramatique est également renouvelé et connaît un certain dynamisme, grâce à une dizaine d’auteurs, incluant notamment les rénovateurs du théâtre populaire de la Soule.

L’enseignement

L’enseignement du basque à l’école a progressé en France depuis surtout une trentaine d’années, mais 80% des enfants scolarisés en Pays Basque ne reçoivent aucun enseignement de la langue locale. Pour ceux qui reçoivent cet enseignement, il existe trois filières : enseignement public, enseignement privé confessionnel, enseignement associatif. Dans le cadre de l’enseignement public ou de l’enseignement privé d’inspiration catholique, lesquels sont largement dominants, il existe, dans le primaire, soit un enseignement de la langue de 2 à 3 heures hebdomadaires, soit un enseignement bilingue, de création récente ; dans le cadre des écoles associatives, principalement promu par une fédération d’associations (Seaska), environ 1800 enfants peuvent suivre une scolarité bilingue, jusqu’au baccalauréat. Un institut pédagogique (Ikas) rassemble les acteurs de l’enseignement en basque des trois filières et s’efforce de répondre aux besoins en matière de matériel pédagogique en France.

Il existe un cycle complet d’enseignement universitaire de langue et civilisation basque (DEUG, Licence, Maîtrise) mis en place depuis une dizaine d’années, et dispensé à Bayonne dans le cadre du Centre inter-universitaire d’études basques (Bordeaux 3 et UPPA). Un CAPES de langue régionale (c’est-à-dire mixé avec un autre CAPES de langue ou d’histoire et géographie) existe également, ainsi qu’un DEA (Bordeaux 3 et UPPA), qui ouvre la voie à un doctorat spécialisé d’Etudes basques.
Le centre de recherche IKER (CNRS, Université de Bordeaux 3, UPPA) rassemble la plupart des chercheurs et enseignants-chercheurs travaillant dans le domaine de la langue et des textes basques en France. Il publie en partenariat avec le Centre inter-universitaire d’études basques de Bayonne, une revue annuelle, Lapurdum.

D’après Berbard OYHARÇABAL (CNRS)

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Basse-Navarre-L’e-levage
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Transcription Basse-Navarre-L’e-levage.

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